Le Road Trip d'Antoine

parapente Maroc

Le Road Trip d'Antoine

Espagne, Portugal, Maroc

Au mois de novembre, et au détour d'une conversation l'idée est lâchée ; pourquoi ne pas aller au Maroc à vélo, avec un parapente et puis voler en chemin. Après tout, les oiseaux migrent, pourquoi pas nous ?
Deux mois plus tard, le 12 janvier, je pars seul avec un vélo décathlon, 4 sacoches remplies, tente et couchage, une remorque, un parapente. Une vieille freeway achetée pour l'occasion et mon acro 3 sans secours ni mousse.
En quelques chiffres ce voyage c'est 3800km de vélo à travers l'Espagne, le Portugal, le Maroc, 3 mois et demi de voyage, 50 à 165km par jour, entre 50 et 60 kg de matériel, de nombreuses rencontres, beaucoup de vols, des tas de ploufs, des désillusions et des belles surprises.

 

Le vélo tout équipé, au pied du parc naturel d'Arrabida près de Lisbonne, Portugal.

 

Sur la partie Espagne/Portugal, j'ai beaucoup roulé et peu volé, au Maroc c'était le contraire. Le plus difficile c'est d'être seul pour évaluer si voler est possible. J'ai plusieurs anecdotes là dessus. 

Pour l'itinéraire du voyage, j'ai suivi la méditerranée jusqu'à Valence, puis traverser l'Espagne et le Portugal jusqu'au sud de Porto en croisant Madrid, après c'était l'Atlantique jusqu'à Tarifa, l'extrême sud de l'Espagne puis d'Algeciras en bateau jusqu'à Tanger et au Maroc j'ai pris le bus, des taxis, et des copains m'ont emmené avec eux, j'étais pressé de retrouver le sud du Maroc avec ses conditions de soaring exceptionnelles.

Vol du soir près de Carrapateira, Portugal sud, Anetho et Milan découvrent le vol libre.

 

Au Maroc c'est simple. L'accueil est toujours chaleureux, et il y a toujours une solution. Le business parapente est en plein boom. Je suis allé dans la région de Tiznit, sans surprise. Là bas tu trouves les falaises d'Aglou qui sont idéales pour le soaring et les wagas, le Nid d'aigle avec des vols en thermique et des possibilités de cross ou encore Legzira. En fonction de l'orientation du vent, et de la puissance de la brise tu peux choisir où tu vas voler, ou aller faire autre chose. Il y a d'autres sites comme Sidi Ifni ou les dunes blanches plus au sud au niveau de Guelmim, mais je n'ai pas eu l'opportunité d'y voler.

 

Soaring à coté de Legzira, Maroc sud, face à l'Atlantique.

 

J'étais venu avec l'idée d'apprendre les vrilles au sol et commencer à aborder les posés de stab. Un site comme celui d'Aglou donne parfois un volume de pratique impressionnant. Le premier jour j'ai été super chanceux, je me suis mis en l'air à 11h et ça a volé jusqu'au soir avec des conditions idéales. La plupart du temps il fallait être sur place et chopper les bons créneaux. Si c'est trop fort tu te fais satelliser, si c'est trop faible tu poses à la plage, si c'est trop turbulent tu flippes dès que t'attaques un peu. Alors quand c'est bon il faut poncer. Et poncer c'est rien de le dire, ya des morceaux de coquillages acérés partout !

 

Travail au sol, marche arrière, apprendre à gérer les bouts d'ailes, le centrage.

 

Grâce aux conseils d'Aziz j'ai pu faire mes premières vrilles, j'étais super content, c'est une étape vraiment sympa. Pour les stabs, j'y arrive pas encore, et j'aime pas forcer alors j'y vais progressivement, des fois ça touche, souvent non, j'essaye de toujours garder de la marge.

Au Maroc t'as pas envie d'avoir un accident, les secours c'est pas ceux de la France. Alors il faut augmenter encore tes marges. Je mets l'accent sur le parapente ici mais les rencontres ont été nombreuses et souvent fleuries de moments forts et d'autres inoubliables.

 

C'est Thibault, un Grenoblois qui voyage en camion qui m'a permis d'aller voler en montagne, je suis parti sans secours et donc j'avais exclus d'office les vols montagne engagés pour me concentrer sur le vol de pente et les wagas. Thibault m'a prêté une sellette avec secours, et avec la freeway en 22 j'ai pu faire quelques vols formidables. Merci Thib !On a volé à Tafraout, et juste à coté au col des mines, le décor est austère, très minéral, mais c'est superbe. Voler là bas c'est formidable, ça m'a donné l'envie d'y retourner avec l'équipement adéquat pour pouvoir crosser. Les décos sont acceptables, mais les posés demande du sang froid et de la précision, au milieu d'un champ de roc par exemple il s'agit d'arriver intact. Tu dois gérer ta trajectoire en profondeur et en placement. Et les vallées sont parfois très creusées, comme au Tizintest, laissant peu d'espace plat pour atterrir, voir aucun. Quand on a volé là bas, j'étais tendu, j'ai fait un plomb, je me suis posé dans un pierrier après avoir raté un joli posé plus haut sur un parking de chantier en bord de route. Mais quelle ambiance ! C'est une combinaison entre verticalité et règne minéral improbable, les marges sont encore plus faibles. En France on a des hélicoptères, des secouristes, du matériel, là bas tu as de fortes chances d'être ramené avec une porte comme brancard, si on vient te chercher. Après la météo n'était plus favorable, on a pris la route d'Aguergour.

 

Vallée ravinée, Tizintest, pollution ou brouillard ?

 

La fin du voyage ça c'est passé à Aguergour, c'est un site accessible, avec des belles nuances de paysage, tu peux rester au relief toute la journée, ou bien partir en cross, aller au lac, enrouler du thermique, et rencontrer du monde. Pour moi c'est incontournable. C'était le printemps, tout était verdoyant, avec des fleurs partout, les cultures en pleine forme, les réseaux d'irrigations en fonctionnement, vu du ciel c'est splendide. Merci à Diego qui m'a prêté sa Sigma 8 et son cocon fantom, grâce à lui j'ai pu faire quelques jolis cross. Je découvrait cette aile, le démêlage est très délicat et le virage n'est pas à mon goût, la commande est très ferme et la mise en virage pas assez dynamique. Une fois installer dans la courbe ça va mieux.

Aguergour par une journée de thermique bleu.

 

A ce stade il m'a fallut réparer la freeway qui avait de sérieuses avaries sur les joncs, j'ai utilisé du gaffeur que j'ai acheté pour l'occasion, depuis j'ai réparé la voile convenablement. Sur un coup comme ça tu gagnes officiellement ton passeport marocain.

J'ai fait une dernière virée à Aglou avant un combiné bus/vélo/bateau jusqu'à Sète en 5 jours, on a mangé une tielle avec mon père puis on est rentré en voiture.

 

Voilà, c'était une super aventure.

volatile parapente

Les Anecdotes

1 vol en Espagne et 1 vol au Portugal

De beaux paysages avec des grandes difficultés

  • "Au beau milieu de l'Espagne, on voyageait déjà depuis quelques jours avec Tim, un Allemand en voyage rencontré sur la route, j'ai eu la mauvaise idée de vouloir lui montrer au mauvais moment comment vole un parapente...On roulait avec un vent bien établi à 20-25 kmh, on a croisé une longue bute d'une 50aine de mètres de haut sur 500 de long, le vent était léger travers, je dis à Tim « là c'est idéal  pour faire un vol de pente. » Et voilà qu'on s'arrête, que je sors le matériel au milieu de cette plaine, face à cette bute, vite fait mal fait. C'était une mauvaise idée.À peine la voile au dessus de la tête je me suis fait arraché du sol et projeté en l'air, face au vent je n'avançais pas, c'était donc plus fort que je ne le pensais, pire, c'était très discontinu, je me retrouvais tantôt soulevé brusquement et tantôt écrasé au sol, l'aile dans les commandes ne cessait de m'informer des irrégularités d'incidence liés à cette masse d'air agitée,Tim de là où il était à pris quelques photos pendant que j'essayais de rester en un seul morceau. Je me suis rarement senti autant en danger en l'air. Dès que j'ai pu me poser, j'ai affalé la voile et je me suis empressé de ranger le matériel. Pour un premier vol dans ce voyage c'était plutôt raté. Plus tard j'ai analysé mes erreurs, j'avais mal analysé la masse d'air, un front rentrait (nous avons eu de la pluie dans les minutes qui ont suivi), je m'étais quand même mis une petite pression en voulant montrer à mon camarade comment était fichu un parapente, et je volais pour la première fois dans ce voyage, avec mon matériel qui était changé puisque sans mousse ni secours, à l'étranger, bref une somme de choses qui aurait pu me coûter plus cher. A ne refaire sous aucun prétexte donc."

 

  • "Au Portugal, avec l'impatience de découvrir le littoral, j'avais repéré la veille une rentrée d'air parfaitement orientée, il me fallait faire 35 km avant d'atteindre l'Océan et des falaises avec plage en bas. Quand je suis arrivé sur place j'ai cherché un endroit ou décoller, et c'était plutôt compliqué, ça m'a pris la journée pour me décider, il y avait un parking avec des barrières, plus bas une épingle sur la route, ailleurs une végétation hostile, finalement en fin de journée, dans le soleil couchant, il y avait moins d'air, et j'ai choisi un décollage assez technique, il y avait beaucoup d'espace libre, pas de voiture ou de personnes mais par contre face à une ligne électrique qui bordait la falaise. L'astuce n'était pas de passer sous la ligne, elle semblait trop basse. Il fallait gonfler face à la ligne puis virer à gauche pour aller se glisser entre un poteau et le relief qui remontait brusquement, pour redresser à nouveau et décoller au dessus d'un lampadaire. J'ai eu l'aide d'un écossais sympathique qui a gardé mes affaires, j'ai fait deux essais qui m'ont amené au seuil du décollage mais la pression de l'air dans la voile était tellement faible que j'étais incapable d'évaluer si elle était gonflée correctement, et il n'était pas question de me jeter dans le trou. C'est au troisième essai où j'ai pu gonfler la voile, bien la sentir dans les commandes et au harnais, virer à gauche, grimper le petit raidillon avec elle au dessus de la tête, redresser, sentir tous les voyants au vert et faire le pas suivant pour quitter le sol et commencer le vol. Là j'étais vraiment super content. J'ai bien senti que l'air ne rentrait plus assez pour me permettre de tenir, du coup j'ai envoyé deux wings au dessus de la plage et je suis allé me poser, c'était tellement incongru, passer des journées sur le vélo à rouler et là s'offrir un joli vol dans ce décor c'était un super cadeau."

  • Sur la route vers le soleil du Maroc, d'autres volatiles se déplacent pour chercher la chaleur et un hiver plus clément, installant leur nid sur des antennes pour un spectacle étonnant.
bivouac parapente

Le bivouac

Au bord de la mer

Bivouac au creux d'une falaise, humidité maximum, un feu et tout va mieux.

A la nuit tombée je croise deux allemands qui cherche eux aussi un endroit où camper, coup de bol ils ont déjà eu vent d'un spot, à l'aide des frontales on trimballe nos affaires à l'autre bout de la plage surplombée par des falaises et on arrive dans cette crique où l'on s'installe, le décor semble austère, au matin les deux surfeurs prennent leur planche et se mettent à l'eau.

Rencontre avec d'autres cyclotouristes

Rencontre avec d'autres cyclotouristes pendant une pause. Trop de vent pour sortir la voile. Un coup a finir reculer sur une ligne de train ou une route.

A gauche Tim Oschmann, 17000km dans les pattes en Europe, une bouteille de fanta russe pour transporter de l'eau, au centre Artis Mozga, un slovène, revenant de l'Espagne, sur le retour après un tour d'Europe, à droite c'est bibi, deuxième jour de voyage.

De belles rencontres

Un voisin sympatique

A Perpignan après une nuit passée au chaud, sur le départ, un voisin me prête un outil pour resserrer une pièce de la remorque, nous discutons, et il sort une vieille voile qu'il vient de récupérer, une GYPAAILE type marboré, date de fabrication, 11 avril 1988, on a le même age, une pièce de collec !

 

 

De belles rencontres
bagages parapente

Le chargement

Le strict nécessaire

Chagement complet au bord d'un canal Setois

4 sacochesune tente, deux tapis de sol, une couverture mohair, un duvet léger, un panneau solaire, de l'eau, de la bouffe, un réchaud, une popote, des ustensiles, une serviette, une trousse de toilette/soin, des vêtements, de quoi affronter la pluie, des outils, des rustines, une pompe, des cartes de l'Espagne et du Maroc, un téléphone gps, du PQ, un klaxon, une sonnette, un rétroviseur, des sandows, un guidon papillon, une manche à air, un sac étanche, un parapente.

La construction de la remorque

Materiel, recette, précaution d'usage

Construction d'une remorque mono-roue pour transport de parapente en voyage.

Matériel nécessaire : 

-Roue de mobylette (changée par la suite pour une roue de vélo pour enfant plus légère)

-Bras fabriqués à partir d'un arceau d'aluminium qui servait au dossier du passager d'une moto

-Planche de contreplaqué de 25mm

-Roulement de roue de voiture

-Roue de Roller

-Ferraille, boulonnerie, visses, etc.

Recette : Mélanger le tout, tailler, souder, alléger les pièces, essayer l'ensemble, repasser à l'atelier pour peaufiner, rajouter une couche de peinture, un peu d'antirouille, bien graisser.

Précaution d'usage : Veiller à placer le centre de gravité assez bas pour obtenir de la stabilité sur l'axe de roulis. Faire des essais en virage pour corriger si nécessaire l'angle de liaison.

Votre remorque est prête à partir en voyage.

remorque parapente
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